La ville étouffe sous sa propre laideur, mais y résiste quelque chose de la vie, insignifiant, car en deçà du signe, comme le virus qui tente de préserver son existence sienne dans un corps qu’il conduit pourtant à son agonie. En ce sens, les choses qui refleurissent ont perdu tout sens — elles sont libres. Rien ne distingue la couleur de la rose du rose des brumes polluées qui nous reviennent d’un outre-monde charbonneux. Il ne reste que des arbres pris dans un hiver sans fin et des cheminées d’usine. Voilà le signe qui subsiste à la surface du béton. Une cicatrice, et on se tait, on s’apprête de la violence des autres. Un graffiti pour en couvrir un autre. On crie sur les murs, on se dit que l’on résiste. J’ai accroché mon souffle à un saule, sans savoir qui de nous deux allait lâcher le premier. Le canal glissait sous le vent, et la rue hurlait, indifférente à notre lutte. J’ai lâché. Porté à mon tour par le vent, j’ai remonté le cours des eaux sales à n’en plus pouvoir, en tentant de me ressouvenir que le saule devenait jaune dans la nuit, contre nous et contre moi, discrètement ouvert à son anthèse.