Je me trouve sur une brèche de l’histoire, et pourtant tout m’entraîne en deçà de ma situation. Il y avait un mur et des barbelés. Il y avait le rêve qui s’y accrochait, s’y dépiautait comme il pouvait. Faire avec et laisser un peu de sa chair ou de son rêve à la rouille de l’histoire. Aujourd’hui, les soldats vendent de la viande dans une chaîne de restauration rapide. Être soldat, c’est toujours une histoire de viande avariée. Checkpoint, hardcore de ville : la frontière ne reconnaît rien des fractures du temps. Ça glisse. Flotte. Pour un salaire, une misère multipliée par deux, aseptisée à coups de confort et de pastel. Acheter du temps à la viande. Sempiternel aplanissement de la carte. Le temps qui ne supporte l’idée de n’être qu’un temps parmi d’autres. Obstacle de l’article indéfini qui condamne chaque époque à son émiettement. Mais la fadeur, l’aseptique, le négoce, ça résiste jusqu’à la gangrène. Créer un flottement contre l’idée de fracture. Céder. Se faire à la fracture avant l’amputation. Flotter quand même. Flotter jusqu’à. Flotter sans flottement. Pour que la survie demeure la sous-vie : temporalité au goût unique. Ce goût de café américain perdu au milieu de l’histoire. Estompe des traces et des traces de lutte. Surfaces de ville : la cicatrice devient une affaire de liquidation. Pas plus. Liquider la dialectique jusqu’à l’os. Et flotter. Loin du temps qui n’a de cesse qu’il ne se fissure.