De l’anxiété, de la rosée, des bombes, des lamaseries électriques, des avatars de petits singes, des crânes, des lys, des étés nucléaires, un bourgeonnement incessant, de la graisse et de la suie, des mirages, des rémiges sans oiseau à leur bout, des rhododendrons et du sang, du lait fermenté, un cadavre de yak, des cirrus vertebratus, des vertèbres aussi, de la boue, du laurier, des drones, des graines de pavot, de la craie, de l’asphalte, des courants d’air, une carcasse d’avion, des rasoirs, des poupées désarticulées, des glaires cendreuses, des coquilles vides, du vide et du sable.
J’ai plongé mon regard dans la terre et je n’y ai vu que du sang, un miroir tout au plus. L’homme disait : j’ai tué des milliers d’hommes et des milliers d’hommes m’ont tué. Il y avait de la poudre sous la voix. Et sous la voix le freux qui portait son chant jusqu’à l’endroit du dedans. Ruelles, éclairage faible. Cran d’arrêt : des intestins, un labyrinthe. Qu’être avant d’être. La lame qui dépose sa mémoire au creux du soir. Mémoire : esprit d’ondes. Impact. Une fronde pour dessiner la courbe du monde.
Une rafale, deux. Lunettes, vision nocturne. Bris, brisées. Vies brisées. Deux, ou dix morts de plus. Statistiques aléatoires. Par votre chant la terre mutilée. Et de la terre, tout dévore. Toute vie, tout sable. Suspens : le bruit d’un drone. Et sa chute. La chute de l’homme. Ira à la terre, le limon. D’ombre s’y plante. Des roseaux, de la bile, des balles. Le ressac : ne réapparaisse le monde.
De l’humain, des fosses, des soldats, des moines, un désert. L’inexistence : l’événement par les événements. Assassiné aux premières lueurs : la nuit. Une rébellion, une deuxième : suffisamment de terre pour creuser des tombes dans le ciel. Une balle. La suivante. Le suivant. Une forme de libération. Dans le corps percé à soi. Du gravier qui avale la carcasse à soi. Penser aux mouches. Penser aux vers. Penser au premier ver qui s’immiscera dans cette partie du cerveau qui met des images sur l’idée de l’infini. Ce petit endroit de grisailles où le rêve se creuse avant que n’y trébuche la sensation d’une langue du rêve. — Rêve à sa vermine. — Ne s’y termine le rêve, ne s’y achève aucune extinction.