Comme un renard égaré à la sortie d’une aire d’autoroute, triste, la tripe à l’air, plus l’air de grand-chose, après les roues et les roues qui passent, et l’ennui qui peuple l’espace entre la chair et la chair, là où rien n’y trépasse plus d’une fois, en périphérie de la petite ville de province, avec ses droites extrêmes qui grouillent dans les trahisons syndicales, sous un pont de grisaille, avec des graffitis qui disent toujours une même agonie, parfois une maladresse d’amour gravée sur le béton, avec une seringue abandonnée à sa solitude d’objet, et dans le loin, des pots d’échappement qui traversent le silence, conjuration du silence, pour que se maintienne un bruit de fond, et que l’on ne devienne pas fou dans l’extinction des paysages industriels, dans ce miroitement qui va du mauvais alcool à la mauvaise terre, simili de forêt avec ses racines retournées, ses plastiques, ses microplastiques, ses vaincus de l’histoire, ses usines et ses fantômes d’usine, ses passes sans issue, pour un billet l’éther de la tripe comme celle du renard, pour la prostituée seule, sans visage sur son aire d’autoroute, qui encore œuvre de répétitions mécaniques au recoin de la haine ordinaire.