Le chauffeur de taxi me demanda où je souhaitais me rendre. Je lui répondis « en enfer ». Il démarra sans dire un mot.
N’étant plus certain de me tenir droit dans l’existence, j’ai regardé longtemps ma carotide seule qui battait la marque d’une présence. J’ai creusé dans le miroir vide, seul peuplement d’une pièce vide, le contour d’une ombre. Ni yeux, ni bouche, ni nez, mais une seule artère qui soulevait le monde avec la régularité sinusoïdale qui fait, dans le cercle, dans la sphère, dans l’étoile, dans l’œuf, dans la cellule, le chiffre d’un vacillement. Soulèvement et chute. Recommencements. L’infini dans l’infime de son déroulement. Le même secret, invisible, qui régit les espaces étranges, en soi et hors de soi, de l’alvéole au globe, qui glissent malgré le mépris que l’on y jette, qui glissent et portent nos souffles un peu plus loin dans leur fuite incertaine.
La nuit hésitait à déchirer le bitume. Par ennui. Par habitude. Elle préféra supprimer ce qu’il restait d’humanité en nous. On resta impassibles face à son geste, satisfaits peut-être de la voir nous amputer de nous-mêmes.
Détenu. Retenu. Brutalisé. Saisi. Pitoyable. Des humains le sous-humain. Destruction, dans le soi, de la trace. Abject avec ses restes. Construire une prison dans une prison. Le soir. L’après-soir. Des cigarettes à même la peau. Des nouveaux & de nouveaux cadavres. Qui pourrissent sous la peau des premiers jours. Furioso des premiers jours : naufrages sous derme. Seule se maintient cette intensité de la solitude. Les exécutions sans procès, quotidiennes. On trie les ordures. On prie sur des bancs de béton. On boit à la rigole de l’urbain. Retour du soir. Du temps suspendu à une corde. Grincements. Dissolution de ses restes. De nos restes. Du non-moi avec lui, du non-soi dans le soir. La beauté, abattue à l’aube.