Libération quand même. J’ai vomi, la joie qui va avec. L’humain est mort entre mes dents. Face aux autres, s’étranglant encore de leur lâcheté. Frénésie du présent où tout passe. Il faut que l’esprit s’échappe de lui-même, s’emprisonne dans un miroitement. Et que tout y soit ordre et terreur. Bien empêtré dans la figure de l’autre, cette virtualité des condamnations. Si l’on veut penser différemment, on ne peut penser différemment que sous terre. Sous l’épiderme des mécaniques de valorisation. Penser sous terre. Ou dans le crible des jugements et des couperets. Si l’on veut insuffler à une idée des lueurs inconnues, mieux vaut offrir son idée aux asticots. Toutes leurs promesses de grandeur pour l’élégance d’un seul ver. Mort, et renaissance du geste pour lui-même. Un quotidien scarifié pour un citoyen sacrifié. Sous-citoyenneté soumise aux autorités de l’autre. Dans ce rythme incompréhensible de nos nuitées. Présent d’inexistence pour passé inexistant. Absence d’identité jusqu’aux premières lueurs d’un futur qui bascule. Comme ce matin de prison peu avant l’exécution. Un spectre avant qu’il ne soit spectre. Enterré avec ses restes. Aucun reste ne doit rester trop longtemps à la vue du monde. Disent-ils. Alors nous choisissons la terre. Il nous faut enterrer la terre. Mort, mais quelle renaissance ? Le rien naît du rien. Comme si un bardo traçait la réelle continuité de notre souffle, ordinaire, y suturait l’espoir. À la recherche d’une plénitude de l’instant. Y creusait dans l’instant la promesse d’un retour. D’un geste se retournant en lui-même, pur. Comme le jaillissement d’une chose toujours présente, toujours ignorée. Sous la terre de la terre. Avec cette vie qui grouille et que l’on ne distingue jamais dans son ipséité. Comme si le ver était éternel de vie. Suspension et dépassement des fins. Se vouer à ce ver éternel qui trace les discontinuités tubulaires de nos arrogances. S’y abandonner tout entier.