J’ai longtemps rêvé de l’ange nouveau, si longtemps qu’il fut toujours pour moi l’ange ancien, celui qui arrive le lendemain de la catastrophe, image effritée, couverte de cette poussière tenace du rêve, que l’on écrase comme la mite sur le rebord d’un néon. Frigo vide, bières vides. Et ce fruit qui pourrit plus vite que la vie. J’ai abattu l’Angelus en plein vol. Sans passion.
Les nuages percent la ville de leurs tentacules, et mon âme se repose dans le creux d’une flaque. Je fais commerce de mélancolie. Mes étales pleines, si peu de passants.
Noir d’encre du rêve. Ratures et cicatrices. Dans le temps de la tuberculose et dans le temps de guerre, loin des grandes morts, la gloriole au rabais. Extinction des écritures. Pas lues, pas brûlées. Dans le vide du kilobyte. Même chiffre, siècle après siècle. Se froisse et s’écorne, brûle. Et je brûle les images après les jours de guerre et de tuberculose, face au sens qui ne semble plus à portée de main. J’avale ce qu’il me reste de noir, ce qu’il me reste d’encre, ce qu’il me reste de tuberculose. Et avec, la guerre tout entière.