Une rue à l’envers du monde. Faite d’interstices, interdite à tout passage. Aucun signe, des publicités embellies par la pluie. Lettres chiffonnées, ordures insensées pour maintenir le flux des évidences. Des néons qui disent le lien entre l’objet et le sujet. C’est le lien qui est le monde. Et le monde à garder dans sa mire. Lunette pour destruction, viser sans réfléchir. L’extérieur n’existe pas. Il n’y a qu’un intérieur de la chair que l’on prostitue au commerce des autres. On s’y enfonce désespérément, comme on enfonce l’aiguille, malgré l’accélération qui porte nos gestes. Flânerie impossible dans l’ici-bas de nos artifices. On martèle contre les murs d’une idée. On y cloue des corps. On y arrache des visages sans en connaître l’identité. S’y échappent des soupirs comme des sinuosités qui s’évaporent d’un labyrinthe. Intégration au néant. Identité confondue au néant. Par déformation, on survit. On mime. On phagocyte l’existence des autres. Jusqu’à la moelle des autres. On ne réfléchit plus. On tue et on rit de tuer. Dans le soir des halogènes. Tout est moite. Et dans la moiteur d’un ciel hématique, quelques lucioles synthétiques subsistent et nous menacent : l’espace nous enferme dans sa sclérose.