Délicatesse avec laquelle on compose un bouquet pour révérer un fantôme. Cette distance spectrale des années dans un peu de bruyère. Comme si nous étions toujours pris dans la tempête d’un siècle autre. Séparation qui s’efface dans l’impression tenace qu’imposent les teintes d’une mélancolie lointaine, toujours identique à elle-même, mais qui disjoint le présent. Comme si nous vieillissions pour maintenir sa vigueur. Rythme de nos circularités. Tout trace une sorte de tournoiement triste autour de celui qui écoute le petit bruit de notre chute. Comme si nous voulions qu’il s’y jette pour ne plus revivre le sens, sa perte, en cet endroit où résonne le mouvement funeste des choses.
Quand on gratte de vieilles terres, il y a des légendes qui se laissent entendre. Elle parle parfois tout bas d’un dieu que l’on mit à mort par ennui. De ce dieu qui cherchait lui-même sa division. Dévoration du soi pour adoration de l’autre. On creuse l’absence et on s’y allonge comme dans une tombe. C’est comme cela que l’on nous a appris à tracer les contours d’un cénotaphe. À partir d’un reflet meurtri du corps. D’un portrait d’absence. On désigne et on s’enfuit. Et pour s’enfuir, on incorpore ces fictions de mots et de morts dans le mensonge de notre chair, très bas, avec les terres qui saignent de notre parole. Avec cette chair qui tente de durer : elle balbutie, se reprend, se perd. Elle ne sait pas, mais elle croit dans les lumières de sa chute.