Combien de temps peut-on observer le vide d’une chambre vide sans s’apercevoir de l’espace très creux qui croît en nous ? Un intérieur dans un intérieur, comme une scène de crime, sans corps et sans assassin.
J’observe la nuit peindre des ombres sur des murs blancs. Le rythme des voitures ressemble au bruit des vagues. Le reflet des phares dans les yeux fatigués d’un passant. Une bruine légère. Partout cette même couleur de rouille. Des lampadaires comme des potences : quelques clochards, quelques oiseaux morts, une épicerie avec ses néons de salle d’autopsie. Tout est si calme sous la peau des villes.
Inlassable retour des formes recommencées, mais qui mutent, s’estompent, sans pouvoir disparaître. La ville, son remuement, sa musique qui craquelle, toutes les machines qui vrombissent autour de moi et qui me refusent la possibilité d’une fuite. Un halo comme dernier territoire : j’observe les contours d’un portrait d’absence. Une esquisse qui se plante dans l’impermanence de nos regards.
Refuser l’immuable à nos virtualités. Là, très bas dans le réseau : l’intuition que nous avons du mensonge. Son confort d’autorité. L’éternité qui trébuche dans ce qui pourrit sans fin sous notre langue.
Des regards qui clignotent, ici et au loin, à l’unisson d’une catastrophe que l’on refuse. Des écrans bleutés brûlent la rétine du monde : tension des miroirs, imperceptible distorsion des mondes. Fêlures : mon seul reflet dans le reflet du monde.
Est-ce là la voie de l’impersonnel ? Dans la fissure : ce commandement de fouiller le figé, de l’extirper du soi.