Il trépignait, les deux pieds dans la mort des autres.
Il n’y avait plus grand monde dans le sourire du monde. Je me souviens : je contemplais au loin un bal des polices à l’entrée d’une ruelle. C’était comme des morts avec leur matraque qui dansaient contre d’autres morts avec leur seringue vide. Ça désirait l’obstruction des ciels et des vaisseaux, ça cherchait l’éclipse. À ce moment précis, comme un halo sans violence, une scène qui se fige dans l’œil, avec des corps pétrifiés dans leur rôle, dans leur haine. Ce trou où réside l’indifférence : il fallait s’enfoncer. Mais déjà des prémices : l’effacement avant l’effacement, un monde comme de la cendre au bout des doigts. Et maintenant : décliner le même en ce qui flotte. De mêmes matraques, de mêmes seringues. Éviter la noyade, faire son lit au milieu du carrefour. Y chercher la mesure, goutte après goutte, et distiller sous les faisceaux ce qui entre nous fait encore lien. Contre la société, sa grande pompe, visqueuse. L’atmosphère en dégueulis d’ennui, on s’y retrouve supplicié, dégoulinant des ordres auxquels docilement on finit par obéir.
Deux plus deux égale six cent soixante-six.
Percevoir l’interstice entre les avidités. La brisure qui se prépare. Et les frasques de la guerre. Le cri d’une sorte de sibylle qui erre, qui hurle dans les rues avec son chariot d’augures. La brisure, disait-elle. Belle de ses crimes, en amont de la brisure. Dans la recherche d’une décomposition : le monde et le fusil collé contre le monde, qui se décomposent l’un dans l’autre. Se frayer un chemin parmi les cormorans. S’avancer dans les eaux tachées de l’huile des morts.
Nous sommes la frontière de ce que nous sommes.
Une pipe à crack qui se bouche juste avant l’overdose. Se sentir égaré dans la quadrature d’un square de la codéine. Les gyrophares, le viol des sirènes. Le silence mâle pour refaire l’empyrée des satellites. Teinte sur teinte, on gratte les murs jusqu’au sang, on y laisse toujours le même graffiti. Une signature comme un cri au bout des ongles, pour perdurer sur les pelures de ville. Pour lutter contre la bleuité de nos temps, leur autorité d’écran qui infiltre l’œil dans la bouche du métro, comme une endoscopie intestine des choses. Longer les murs avec leurs publicités qui exigent de s’abstraire de soi. Partout, partout, la marque, la cicatrice : s’abstraire sous peau et sous terre. La disharmonie qui varie dans un même message, une même brûlure. Apparences sérielles des consumations. Contrepoints, stries, espaces qui se rétrécissent jusqu’à atteindre une certaine résonance où disparaître.
Ils ont détruit la maison hantée. Que faire des fantômes ?