Et ne pas s’interposer à rebours. Ni se dissoudre ni coaguler à rebours. Dire ses restes de mémoire. Entre les persistances du tremblement. Chercher l’apesanteur pour sentir la masse de ce qui n’est plus tout à fait en nous-mêmes. Un peu de grisaille à étaler entre les côtes. Stagnation visqueuse sous les crânes : tout ne se donne qu’un instant, tout pour s’éprendre d’extases furtives. L’élixir des corps, c’est le renversement. Il faut devancer le temps, placer l’écarlate parmi les astres.
L’ombre sans le sou, main dans la main avec l’hiver. Abattre le travail : un bout de chair à épuiser. Nourrir des actionnaires avec nos cendres. Percer la grisaille d’un éclat, unique, avant de goûter à nouveau à la submersion.
C’est une lutte qui ne cherche pas de victoire. Elle est en soi, et défaite. Et en soi elle se défait.
Ni s’élever ni s’enfuir, chercher l’abattoir au-dedans de soi. Une image sans estomac. Les vaches en avaient deux autrefois. Je voudrais retrouver un peu de cette sagesse bovine, m’attarder plus longuement sur ces décombres que je mâche tout le jour. Pierres jaunies, bois mort, feuilles jaunies du bois mort, celles qui ne pourrissent plus, qui ne savent plus rien de l’humus, de la diversité jaune de mon univers. Stagnation : couvrir le monde de bile pour y enseigner la luminescence.
Que subsiste-t-il de la mémoire d’une bombe, des ouvriers qui la fabriquèrent, dans les décombres d’une usine qui avala d’autres ouvriers ? Qu’est-ce que l’humain dans la matière morte de l’humain ? Que pèse la mémoire dans ce qui pourrit en nous ?