Carcasse ou boue, somme toute terreau de nos abandons.
Le lumpen, sa canette de kro et de crack. Des œillères attachées aux fantômes, le joug de la fatalité sur des banlieues laiteuses, opaques à leur mémoire. Ne se perçoivent, ne se percent tout au plus. Jamais, et jamais rien ne s’y fabrique. Le moi face à la matraque du soi. Un corps sans visage qui régurgite sa dose. Hardcore des sachets vides.
Avant heureuse, et heureusement, cette ombre qui demeure tout à sa drogue. Pleine. L’univers se met en place à son entour. Elle s’infiltre les limbes sous la peau, fait de ses artères des nœuds coulants. Sa carapace percée de lueurs pour creuser l’extase.
L’éphémère qui se suspend au crochet des chimies d’époque. Chercher une métamorphose, quelconque : à la fois d’esprit et de mémoire. Marquer son savoir au fer pour que la substance demeure inconnue à elle-même, défaite dans le règne des apparences.
Les rouges qui pourrissent les ciels sous nos terres. L’ouvrier d’Orient qui la ferme, laboure, mélange, virevolte. Vire, se fait virer. C’est qu’il soulève dans le soir les gravats à la dérobée, qu’il a la gueule des culpabilités enfouies.
Et cette peur, d’où vient cette peur subite de me souvenir ? Si j’évoque le signe du souvenir, même dans un murmure, l’époque risque de revenir. Avec ses mille façons d’écorcher vif un ouvrier aux yeux de tous. Avec la résonance d’une peau qui se défait d’un bleu de travail, lentement. Même dans la solitude du verdâtre, ça continue de hurler en nous. On organise le mensonge. Pour subsister dans le pourtour de nos consciences.
Même cadence, l’hiver en chien de ses trafics. L’apogée des beaux mecs qui se tiennent bien droits sur leur bécane. Une époque suave des guidons lustrés.
De la mort-aux-rats dans la veine : faire un braco selon l’évangile. De nerf en nerf, on tresse des chaînes. Refourguer des blancheurs sur la dalle du quartier. Savoir l’heure et l’heure des rondes des vigiles. Travailler assidûment à l’apocalypse qui vient.
Terrassement triste sur un chantier. On s’accroche à la grille. La fin d’un après-midi pluvieux : ne pas s’y installer sous terre. Laisser le vide ruisseler sur les feuilles qui pourrissent moins vite que nos mémoires. Les pelleteuses sont à leur rouille, ça se tait jusque dans le goudron. Et ça suinte de gris et de silence. On se dépiaute le muscle avant l’extinction.