Qu’il avance, diront-ils. Après avoir hurlé la mort depuis la laideur des parlements. Ils terroriseront le vocabulaire et tenteront d’extirper le mot liberté du mot catastrophe. Ils placeront des fils électriques autour de son soupir, point fixe dans la nuit. Ils diront « lui » pour ne pas dire l’animal. Ils inventeront la terreur dans son chagrin et traceront une ligne dans le sable. Ils y planteront tellement d’échafauds qu’ils ne sauront plus auxquels l’accrocher. Des échafauds pour le sang qui s’échappe de la loi. Nier l’humain pour définir l’humain. Avec des cordes pour y suspendre ce qui sédimente de rêve dans ce soupir qui résiste.
À bien y regarder la ville est vide. Il y a des passants, il y a des soupirs, il y a des crimes, mais il y a surtout le vide qui les entoure.
Alors de la science-fiction dans cet instant unique qui précède le soupir des bombes. La photographie fige l’obus dans le cristal de sa chute : l’apesanteur des morts. Parce qu’en cette époque le cauchemar s’électrise de vibrations entre des réseaux, des cerveaux, des cercueils. De partout un même nulle part : tout y est fait de science et de fiction, de silence et de démesure. On ne se prive de rien dans les façons de mettre à mort la mort. On réajuste ses œillères. On dispose des imaginaires au-devant de soi pour obstruer ce qu’il reste de ciel.
Cigarette : soupirs. Du merveilleux, la crasse : ça dézingue de partout, on s’oublie. On essuie la lame sur son pantalon. On rit, grassement. On écoute d’une oreille divertie une actualité blanchâtre. On se poudre les mains. Une centaine de morts : à l’autre bout du monde, le monde. On en fait une littérature des fantômes. « Littérature », ce n’est qu’un mot à l’étymologie hasardeuse. On y cloue des gens, comme ça, par méchanceté. On dit littérature pour ne pas dire complicité. Elle a beau remonter le temps, elle s’écaille de trahisons. Elle gratte des formes pour débiter du sens. Quel qu’il soit. Le revendre au plus offrant. Pour une même préciosité de la vie distante.
Il disait, peu après le soupir, peu avant la corde : entendez le courage qui est en vous, entendez qu’il bat de vie, entendez qu’il dure plus longtemps que la vie, entendez la ténèbre qui s’y fracasse. Puis il y eut la corde et la mort de tous nos soupirs.