Actus fidei non terminatur ad enuntiabile sed ad rem.
« Je suis le corps mort de votre révolution. » Les murs qui me parlent, tout bas. On les rase à l’intérieur du soi. La trace du corps qui coule, s’efface dans l’égout. Une rafale sans voix, larmes lacrymogènes qui emportent mes souvenirs.
Manifestation des yeux arrachés. Ça s’enfonce dans le goudron comme l’apôtre enfonce ses doigts dans la plaie. Bitume fracturé qui croûte au pourtour de la gangrène : la mémoire en revient, à l’intérieur des crânes, là où pourrit un sang autre.
C’est quoi ton corps qui te fait barrière, qui, à peu près, mais qui jamais. Lui qui crisse, casse, s’effrite sur le trottoir. Mais qu’éviter en soi, cavité du soi, quand le verre ne reflète, tout entier et sans partage, mais qu’il y cherche sa fêlure. Verre qui s’inscrit dans le bruit et les craquements. Le verre comme l’os qui se fend. Et reflète malgré le fracas un portrait à chaque fois recommencé. L’impossible cri. L’impossible partage du cri dans ce qu’il a de moelle. Le mouvement se fait, quand bien même. Il annonce sa fin avant que. Mais ne s’interrompt la voix qui dedans la fissure s’y apprête. Et s’adresse crue à la forme, à sa chute. Cette voix, elle crie d’autres reflets. Ils se dispersent, emportent un tout d’amour pour ce qui flotte, en deçà. Et puis les surfaces trouées. Substance qui s’ignore pour les autres qui ne crient pas. Qui se refusent au cri. Ils passent sans bruits, et oublient. Ils tuent pour oublier. Ça se travaille l’oubli, dans la chair des autres. La tête doit apprendre à ne pas crier : ça se détourne des éclats. De cette lumière qui grouille. Qui s’ignore. Qu’arrête-t-elle de nous, la lumière ? Elle perce, comme les armes, comme les autres, comme les siècles.
Même sans ce bruit qui marque un corps qui chute. Musique singulière d’une percée. On résiste. On crie. Pour parler. Parler du soi. Pas le social du soi. Pas l’existence du soi. Mais l’artère du soi, celle qui nourrit ce qui demeure dans le sang plus vaste que la langue. Là par où on se raconte dans l’hémorragie. Avec les fantômes qui s’y dissolvent. Mais on résiste par le sang. On se retient à la dissolution.
Praxis de tous les trous noirs : je frappe la terre à la recherche d’un pétrole nouveau, d’une dialectique quelconque. J’en veux à l’éther, j’y mets toutes mes rages et toutes mes espérances. J’y gratte une vengeance, ce que j’en peux encore : partout des arbres morts, des feuilles d’aluminium, un peu de crack. La vie qui bat son tambour. Qui frappe pareil. Des chaises roulantes le long du canal, des oiseaux morts, bouteilles de bière et seringues vides. Une lumière d’aurore, quelques chants. Chasser le dragon à l’envers du monde.