Des passants hurlent. Ils veulent graver la malemort sur la peau des bâtiments qui ne sont pas encore effondrés.
On patauge dans une absence du présent. Parmi les bêtes qui sortent de la terre avec leur multitude de gueules assoiffées, dirigées vers le peu de certitude qui soutient encore nos pas. N’est-ce pas immonde une hydre qui se prend pour un arbre mort ? On croit que ces créatures jettent leurs têtes avec férocité sur nos corps pour condamner nos erreurs passées, mais elles ne font que commercer notre peur d’être présents au monde. Ce qui me terrifie particulièrement, c’est que je n’arrive pas à déterminer la soif de leurs gueules ouvertes, qui semblent pourtant se venger si précisément de leur propre laideur. Des têtes qui tournoient et tournoient autour d’un même axe pour renier les rondeurs de notre monde. Elles s’entortillent jusqu’à dessiner tantôt une spirale, tantôt le néant lui-même. Elles nous y fixent, comme des doigts adipeux épinglent un papillon sur un bout de carton, matière qui jaunira dans l’indifférence de ce que fut une virevolte de la couleur de l’insecte dans la couleur du ciel.
J’ai gravé dans l’os d’un mort la forme d’un nuage, il me fallait le garder tout contre mon thorax pour entendre le monde vibrer encore si peu.
Ils ont placé un nœud coulant autour de la joie, puis ils ont vérifié que la joie était bien attachée à la corde, et que la corde demeurait solidement fixée à la grue. Ils ont serré la corde. Ils n’ont pas eu de mots de trop. Qelques phrases juridiques, quelques insultes, quelques silences. Puis, un silence d’une autre nature : ils ont activé la grue.
Un corps allongé au milieu d’une manifestation. Quelqu’un crie, mais l’inertie lui écorche la gorge. Une couleur contre laquelle on trébuche.