He loved him madly. 1974, Miles Davis, quelque part dans cet éther d’ondes, dans ce flottement qui tient les choses ensemble — perfection abîmée d’une absence.
Kafka high, Ornette Coleman, point fixe : dans la cervelle, on tapote sur la carapace du cafard pour creuser notre cauchemar d’écriture. Burroughs, un peu naked, Apollon inversé qui se pâme de drogues jusque dans notre espoir de jouissance. Extase pour ecstasy dans les corps lisses qui miroitent les bruns et la blatte. Black meat à la veine abolie, et les veinules de l’interzone qui se tendent comme un piston en mal de sa substance. Héroïne : ma machine crevée. Mille-pattes qui s’écharpent ce qu’il reste de nos neurones. Avec leurs branches métalliques pleines des crasses de la création. Liquide queer et gris de notre perdition, la spirale brisée comme le ressort d’une Remington — E. Remington & Sons pour faire roi et princes, industrieux de revolvers et d’écriture, jusque dans nos déviances. Queer des mises à mort du soi. Queer jusqu’à la moelle des tentacules crâniennes. Ça jouait à tirer sur sa femme, invitée par sa femme pleine des poudres d’extermination. Twice la mort, twice à la mort, et deux fois échoue à briser le verre, deux fois touche un petit point du front, mais nulle cervelle, nul sang de cervelle, comme s’il fallait faire de l’allégorie une évidence, évidence qui souligne ce spectre des féminités brisées — ô body horror de nos camarades rampant d’écriture. À la plaie, aucun sang ne goutte, mais les machines demeurent dégoulinantes de corps et de rouge.
Fly or Die Fly or Die Fly or Die ((world war)). Lorsque le jazz vole et meurt, renaît sans cesse, hurle sa liberté. Réécouter Jaimie Branch. Sans cesse. Son énergie pure, éternelle, qui emporte, victorieuse de toutes les overdoses du monde, dans l’abstrait et dans la saccade, très loin, nos bribes d’espérance. Transformer la détresse des effondrements en une promesse, unique, telle une procession qui avance rieuse, riante, conjurant l’air de rien l’ère du rien, vers la possibilité d’un monde autre, sans guerre. La parole naïve, mais prise dans cet abstrait, cette saccade qui nous revient : No borders, no war. No more borders, no more war. No borders, no war.
L’élégance qui déroule son souvenir, l’incruste dans une jeunesse sans pouvoir, puissante de tout. East Broadway, du côté du rêve. Sonny et ses saxophones de velours, rugueux, qui glissent tels des fantômes dans l’espace négatif d’un amour.